—J'ai vécu, monseigneur.
—Où avez-vous habité?
—Sur toutes les routes logeables, sous tous les cieux hospitaliers: pourtant, je dois dire que j'ai habité Paris pendant deux années environ.
—Paris? Ah! ah!... Et pourquoi l'avez-vous quitté?
—Pourquoi je l'ai quitté? fit Pardaillan dont l'oeil gris pétilla de malice. Eh bien, je vais vous le dire, monseigneur. J'étais donc à Paris, fort tranquille, et logé dans une fort bonne et belle hôtellerie... j'étais heureux, je devenais gras. Or, un soir... tenez, c'était en octobre dernier...
Le maréchal tressaillit.
—Un soir, donc, j'aperçus au détour d'une rue quelqu'un... une vieille connaissance à moi. Il faut vous dire, monseigneur, que je tenais essentiellement à éviter ce quelqu'un... figurez-vous que cet homme voulait absolument faire mon bonheur malgré moi. Je me dis aussitôt: Si je demeure à Paris, tôt ou tard, je finirai par me trouver nez à nez avec lui! Et alors, adieu ma jolie misère que j'aime tant! Il faudra être heureux, et puis parler, et puis donner des explications, et puis... bref! je déménageai sans tambours ni trompettes, et repris la grande route du hasard et de l'inconnu!...
—Mais, fit Montmorency, j'étais justement à Paris à l'époque que vous dites.
—Tiens, tiens! Comme cela se trouve, monseigneur!
—Oui, j'y étais, reprit le maréchal; et même, il me souvient d'une aventure qui m'arriva vers ce moment-là; attaqué un soir par des truands, j'allais succomber lorsque je fus sauvé par un digne inconnu à qui je fis don du meilleur de mes chevaux, mon bon Galaor...