Le maréchal était de taille élevée. A cause de cela, elle avait résolu de le frapper quand ils seraient assis tous les deux, l'un en face de l'autre, causant bien tranquillement.
—Attention, se dit-elle, il va nier, soutenir qu'il n'a pas écouté; et, tandis qu'il sera bien occupé à me le prouver, le moment sera propice...
Le premier mot du maréchal de Damville fut:
—Je dois vous prévenir, Alice, que j'ai entendu tout ce qui s'est dit ici.
Elle demeura comme stupide. Elle avait tout prévu, hormis cela. Un geste d'effarement lui échappa. Dans le mouvement de la manche flottante, le maréchal vit luire le poignard...
Une seconde, il fut comme pensif. Puis, avançant d'un pas, il dit tranquillement:
—Je dois vous dire aussi que j'ai sur moi une cotte de mailles qui ne me quitte jamais et contre laquelle s'émousserait votre poignard.
Alice recula vivement jusqu'à la porte de sortie qu'elle ferma. Elle s'appuya contre cette porte, et répondit:
—Je regrette que vous m'ayez devinée, car cela va m'obliger à une lutte répugnante où je risque d'avoir le dessous, mais je suis forcée de vous tuer!
Elle cessa dès lors de dissimuler son poignard, elle l'emmancha solidement dans sa main; et elle fixa sur le maréchal un regard intrépide.