Tous les deux, le frère et l'épouse gardèrent un silence effrayant. Alors, François, d'un geste lent, croisa ses bras sur sa poitrine. Et grave, solennel comme un juge, triste comme un condamné, il parla:

—Depuis un an, pas un battement de mon coeur qui ne fût pour la femme à qui librement ce coeur s'est à jamais donné, pour l'épouse qui porte mon nom. J'accours, le coeur plein d'amour, la tête enfiévrée de bonheur... et l'épouse tourne la tête... et le frère n'ose me regarder!...

Ce que souffrit Jeanne dans cette minute fut inconcevable. L'effroyable supplice dépassait les bornes de la conception humaine. Elle aimait! Elle adorait!

Et pendant que son coeur la poussait aux bras de l'époux, de l'amant, ses yeux fixés sur l'infernal auteur du supplice s'attachaient invinciblement à la main qui, d'un signe, pouvait tuer sa fille!

Sa fille! Sa Loïse! Ce pauvre petit ange d'innocence! Cette radieuse merveille de grâce et de beauté! Quoi! égorgée!

Jeanne se tordait les mains. Une écume de sang moussait au coin de ses lèvres: la malheureuse, pour étouffer le cri de son amour, se mordait les lèvres.

A peine François eut-il fini de parler qu'Henri se tourna à demi vers lui.

Sans quitter la fenêtre ouverte, sa main menaçante prête au funeste signal, d'une voix que sa tranquillité en cette épouvantable seconde rendait sinistre, il prononça:

—Frère, la vérité est triste. Mais tu vas la savoir tout entière.

—Parle! gronda François.