Mais il n'entendit plus rien!...

—Perdues! murmura-t-il avec accablement.

Le vieux routier, pendant cette minute, avait cherché ce qu'il pourrait bien dire à son fils. Il sentait un vague besoin de se disculper et devinait instinctivement que le chevalier était en droit de lui faire des reproches.

Il se campa donc dans son attitude de dignité offensée et, le poing sur la hanche, commença l'attaque:

—Après une si longue absence, je vous retrouve, mon fils. Et comment vous retrouve-je? Désobéissant pleinement à mes conseils que vous aviez juré de suivre, et que vous eussiez dû considérer comme des ordres! Je vous avais commandé de vous défier des hommes, des femmes et de vous-même! Et vous voici, faisant le chevalier errant. Triste métier, mon fils.

—Mon père, dit le chevalier d'une voix si altérée que le vieux routier en tressaillit, votre intervention me plonge dans un mortel désespoir. Nous sommes dans deux camps ennemis...

—Eh! mort-dieu! qui vous empêche de venir avec nous? Ce sera tout profit. Cent mille livres vous sont assurées, et peut-être une compagnie vous sera-t-elle...

—Taisez-vous! taisez-vous! s'écria le chevalier. Ah! mon père, ne devinez-vous pas ce que je souffre, et quel est mon chagrin de vous entendre parler ainsi!... Adieu, mon père...

—Vous me quittez!

—N'est-ce pas vous qui m'y forcez? s'écria le jeune homme tout frémissant. Songez, mon père, songez qu'il a pu arriver, cette nuit, un événement funeste: j'ai tiré l'épée contre vous!