Le chevalier fit quelques pas de retraite précipités. Le vieux Pardaillan chancela et alla s'asseoir sur une borne cavalière.
—Qu'est-ce à dire? gronda-t-il. Mon fils me quitte? Nous sommes ennemis?... Mais alors... qu'est-ce que je vais faire dans la vie, moi?... Que va devenir cette pauvre vieille carcasse?... Je vivais... l'espoir de le voir se frayer un chemin, devenir quelque capitaine redouté... l'espoir qu'il fermerait mes yeux au dernier moment... que sais-je? et tout s'effondre?...
Deux grosses larmes coulèrent sur les joues tannées du routier et allèrent perler au bout de ses moustaches grises.
Au même instant, il se sentit saisir par les deux mains et il eut un cri de joie rauque, presque terrible, en reconnaissant son fils qui se penchait vers lui et qui lui disait:
—Eh bien, non, je ne peux pas vous quitter ainsi!...
—Eh! mort de tous les diables! fulmina le vieux Pardaillan, commençons par nous embrasser!
Le père et le fils s'étreignirent avec une joie délirante chez l'un, avec une joie mêlée de douleur chez l'autre.
—Laisse-moi te voir! s'écria le vieux routier... Si fait, j'y vois tout de même, moi, je suis comme les chats... Mordieu! mais tu n'es plus le même! Te voilà fort comme les plus forts... Quelle envergure!... Et ton poignet! Peste! Mais je ne voudrais pas m'y frotter encore, moi qui connais le fin du fin de l'escrime! Ah! ah! Tu as donc adopté mon juron? Comme tu as poussé ton—Par Pilate! je me suis dit tout de suite:—Ça, c'est mon propre sang qui crie! Allons, viens!
—Pas par ici, mon père, s'il vous plaît. Allons chez moi.
—Et où est-ce, ton chez-toi? A la Devinière, je parie?