Le deuxième, c'était le—crieur des trépassés.
L'enfant avait quatre ou cinq ans. Il était pâle, chétif, avec un visage souffreteux et jaune. Il n'aimait pas à jouer dans les grands jardins. Il fuyait la société des moines. On l'appelait tantôt Jacques, tantôt Clément. Il était de nature craintive, un peu sombre, et très sauvage.
Un seul moine avait trouvé grâce devant cet enfant, c'était le frère crieur des trépassés. Celui-ci, dès que le couvre-feu avait sonné à Notre-Dame, avait pour mission de se promener dans les rues noires et silencieuses.
D'une main, il portait un falot pour éclairer sa route; de l'autre, une sonnette qu'il agitait de loin en loin. Et alors sa voix lugubre s'élevait:
—Mes frères, priez Dieu pour l'âme des trépassés!...
Bien que ces fonctions fussent des plus humbles, le frère crieur était considéré et même craint. On disait que ce frère était arrivé au couvent muni par le pape de redoutables pouvoirs. C'était d'ailleurs un prédicateur de haute éloquence, d'une hardiesse étrange. Il avait sollicité et obtenu aussitôt l'emploi de vaquer la nuit par les rues en criant aux bourgeois de prier pour les trépassés.
On l'appelait le révérend Panigarola, bien qu'il n'eût pas encore les titres nécessaires pour être traité de révérend. Dès que la nuit tombait, Panigarola, s'il n'avait pas quelque sermon nocturne à prononcer, se couvrait d'un manteau noir, saisissait sa clochette et sa lanterne et s'en allait par les rues, ne rentrant souvent qu'au matin, exténué, brisé de fatigue par sa morne promenade.
Alors il s'enfermait dans sa cellule. Il ne parlait à personne, dans le couvent, qu'à l'abbé ou au prieur.
Tel qu'il était, Panigarola plaisait au petit Jacques. Seul, il pouvait approcher de l'enfant qui, sans cela, eût vécu à l'abandon. On les voyait rôder ensemble dans l'après-midi, à travers le jardin où tout renaissait.
Le moine appelait Jacques—mon enfant d'une voix paisible et douce, l'enfant appelait le moine—bon ami.