—Et les enfants qui, quelquefois, passent par-dessus le mur pour prendre des fruits, est-ce qu'ils ont chacun leur père?
—Mais oui, mon enfant...
—Alors, pourquoi est-ce que je n'ai pas de père, moi?
Le moine pâlit. Un tressaillement de souffrance et d'amertume le secoua.
—Qui t'a dit que tu n'as pas de père?...
—Mais, fit le petit, je le vois bien... Si j'avais un père, il serait ici avec moi... je vois bien que les autres enfants, le dimanche, quand ils viennent à la chapelle... chacun d'eux a un père ou une mère... moi, je n'ai ni père ni mère.
Panigarola demeura sombre, perplexe, agitant des réponses et n'osant les formuler.
L'enfant reprit;
—N'est-ce pas, bon ami, que je n'ai pas de père, pas de mère... que je suis seul, tout seul?
—Et moi! fit enfin le moine d'une voix qui eût effrayé un autre enfant, que suis-je donc?...