Au moment où il allait se retirer pour veiller lui-même au dîner de Pardaillan, celui-ci le retint par un bras, et lui dit:

—Est-ce que je ne vous devais pas quelques pauvres écus?

—Si fait! balbutia Landry, méfiant.

—Eh bien, tout à l'heure, vous me direz à combien cela peut monter, et nous serons quittes.

En même temps, Pardaillan frappait sur sa ceinture qui rendit un son argentin.

Quelques minutes plus tard, on servait un plantureux dîner dans le petit cabinet, et Pardaillan, ayant fermé la porte vitrée, défendit qu'on vînt le déranger.

Seul, Pipeau fut admis dans le cabinet où Pardaillan l'appela.

Une fois installé dans le cabinet, Pardaillan constata trois choses. La première, c'est qu'à travers le léger rideau qui couvrait les vitraux de la porte il pouvait voir tout ce qui se passait dans la salle qui commençait à se vider; la deuxième, c'est qu'en entrebâillant légèrement cette porte il entendrait facilement tout ce qui se dirait à la fameuse table retenue pour M. le vicomte d'Aspremont et les trois bourgeois; la troisième, enfin, c'est que le chien était armé de crocs formidables.

En conséquence, Pardaillan arrangea le rideau pour bien voir, entrouvrit la porte pour mieux entendre, et donna une caresse au chien pour se mettre dans ses bonnes grâces.

A ce moment, comme la salle était presque vide, Pardaillan, à travers le rideau de la porte vitrée, vit entrer trois personnages. Il reconnut aussitôt celui qui venait en tête: c'était Orthès, vicomte d'Aspremont.