Il jeta un regard inquiet dans la salle et eut un geste de contrariété en paraissant chercher quelqu'un qui ne se trouvait pas là. Les trois hommes prirent place à la table que Pardaillan avait cédée, et l'un d'eux dit:

—Il faut qu'il soit arrivé quelque chose à Crucé, car jamais il ne manque nos rendez-vous.

—Bon! pensa Pardaillan. Il paraît que ce n'est pas la première fois que ces gens se réunissent.

—Le voici! fit tout à coup le vicomte qui était placé face à la porte d'entrée et tournait le dos au cabinet.

En effet, à ce moment, Crucé entrait. Il se dirigea vers les trois personnages et prit place à la table en disant:

—J'arrive du Louvre... de là, mon retard.

—Ah! oui, fit Pezou avec un gros rire, vous fréquentez le petit roitelet, le maigre Chariot.

—Baste! fit Crucé. Je suis son orfèvre. Je suis aussi son armurier, et je viens de lui vendre une arquebuse perfectionnée...

—Et que dit le roi? demanda Orthès.

—Le roi est tout à la paix. Le roi veut qu'on s'embrasse! Catholiques et huguenots, mécréants et fidèles serviteurs de l'Eglise doivent se jurer amitié, fraternité, assistance et affection! Le roi a envoyé un exprès à M. de Coligny! Le roi a écrit à la reine de Navarre! Le roi veut marier sa soeur à Henri de Béarn! Voilà ce que dit le roi, messieurs!