Crucé en était là de son récit, lorsque la porte du petit cabinet s'ouvrit brusquement, et les quatre convives effarés virent se dresser devant eux le vieux Pardaillan qui, un peu pâle, mais souriant, disait de sa voix la plus polie:
—Messieurs, permettez que je passe, s'il vous plaît. Je suis très pressé...
La table, en effet, faisait obstacle...
—Monsieur de Pardaillan! s'écria Orthès d'Aspremont.
—Place donc! puisque je vous dis que je suis pressé!
En même temps qu'il grondait ces mots, Pardaillan repoussa violemment la table; les flacons culbutèrent, les plats s'entrechoquèrent; au même instant, pâle de rage, d'Aspremont sautait sur son épée, mettait flamberge au vent et hurlait:
—Ah! par la mort-Dieu, si pressé que vous soyez, vous me rendrez raison de l'insulte!
—Prenez garde, monsieur, fit Pardaillan, j'ai l'épée mauvaise quand je suis pressé! Croyez-moi, remettons la chose!
—A l'instant! sur-le-champ! vociféra le vicomte.
—Vous n'êtes pas galant, monsieur Orthès, vicomte d'Aspremont! Soit donc! Mais, ajouta Pardaillan, les dents serrées, la voix sifflante, vous allez vous en repentir!