A peine en garde, d'Aspremont poussa une botte furieuse. Pardaillan était blessé à la main, et le sang coulait.
Dans la même seconde, le vieux routier sentit ses doigts se raidir et sa main devenir pesante; l'épée allait lui échapper... il la saisit de la main gauche et se rua sur son adversaire par une série de coups si furieux et si méthodiques à la fois que d'Aspremont, en quelques instants, fut acculé au mur après avoir renversé plusieurs tables.
Ceci s'était fait si rapidement que les nombreux témoins de cette scène ne virent qu'une série d'éclairs et n'entendirent qu'une série de froissements précipités. Il y eut un dernier éclair, un froissement, et on vit d'Aspremont s'affaisser, rendant un flot de sang; il avait l'épaule droite traversée de part en part.
Pardaillan, sans dire un mot, rengaina l'épée encore rouge, se précipita au-dehors, fendit la foule et se mit à courir.
Dans sa hâte, il avait oublié Pipeau qu'il devait ramener au chevalier. Mais peut-être le chien avait-il éprouvé une instinctive sympathie pour lui car, s'étant par hasard retourné, Pardaillan le vit qui trottait sur ses talons.
En un quart d'heure, le vieux routier atteignit le cabaret du Marteau-qui-cogne.
—Catho! Catho! vociféra-t-il en entrant dans le bouge.
Aux appels furieux de Pardaillan, Catho descendit un escalier de bois en criant:
—Bon! bon! Est-ce de l'hydromel qu'il vous faut?
—Mon fils!... Ce jeune homme que je t'avais confié!...