Ils allaient ainsi, devisant paisiblement, et ne prenant pas la peine de se cacher. D'ailleurs, la rue Saint-Antoine remplie de bourgeois, de passants, de marchands, les cachait: ils étaient perdus dans la foule assez nombreuse des piétons.
—Mon père, répondit Pardaillan, il m'est impossible de quitter Paris en ce moment.
—Impossible! Or ça, tu veux donc que nous soyons pendus? ou écartelés? ou roués vifs?...
—Non, père, je vous supplie de partir... Quant à moi, il faut que je reste... Mais que se passe-t-il là?
En disant ces mots, le chevalier s'élança. Le vieux Pardaillan l'arrêta par le bras.
—Où courez-vous encore? De quoi diable vous mêlez-vous? Vous ne voulez vous défier ni des hommes, ni des femmes, ni de votre coeur?
Ah! monsieur, s'écria le chevalier, ce que j'ai vu des hommes m'oblige à les mépriser presque tous; je crains les femmes; et, quant à mon coeur, je le maudis pour les mauvais tours qu'il me joue! Vous voyez donc bien que je suis vos avis...
En parlant ainsi, le chevalier, d'une secousse, s'arracha à l'étreinte de son père. Le vieux routier demeura un instant stupéfait.
—Voilà ce qu'il appelle suivre des avis? gronda-t-il. Je crois qu'il finira sur l'échafaud et il ne me restera que la ressource de l'y accompagner! Allons!...
Et il s'élança à son tour vers le gros rassemblement qui obstruait la rue Saint-Antoine.