A cet endroit de la rue, au-dessus de la boutique d'un marchand de simples et herbes desséchées dont l'enseigne était vouée—au grand Hippocrate, ledit marchand avait depuis longtemps fait creuser une niche. Dans cette niche, il avait placé une statuette en bois peint figurant un vénérable vieillard habillé à la grecque, possesseur d'une belle barbe, et qui n'était autre que le grand Hippocrate en personne. Or, peu à peu, ce personnage avait changé d'identité. Le grand Hippocrate était devenu peu à peu et tout doucement le grand saint Antoine.
Or, de même que sur une foule de points dans Paris, de zélés serviteurs de l'Eglise avaient installé au-dessous de la niche, devant la porte de la boutique, une table sur laquelle ils avaient placé une corbeille destinée à recevoir les dons des fidèles à saint Antoine. Ceux qui étaient riches mettaient un denier ou un sou; ceux qui étaient pauvres jetaient un liard; enfin, les moins fortunés mettaient dans la corbeille du pain, des légumes pour la soupe de saint Antoine, et ceux qui n'avaient rien du tout faisaient une croix et une prière.
Il va sans dire que, tous les soirs, les quêteurs des couvents venaient recueillir le contenu de la corbeille.
Cela dit, on comprendra l'indignation publique lorsqu'un bourgeois étant venu à passer refusa formellement de déposer aucune aumône.
—Saluez au moins le grand saint Antoine, lui cria-t-on.
—Mais, objecta le bourgeois, c'est Hippocrate!
Là-dessus, on cria au blasphème.
—Mort au huguenot!
—Mort au parpaillot!
A ce moment passa une litière traînée par un cheval blanc, et dans laquelle se trouvait une jeune femme à l'oeil doux, au visage expressif. La litière fut naturellement arrêtée par la foule, et la jeune femme écarta les rideaux pour voir ce qui se passait. A peine eut-elle aperçu le bourgeois que l'on malmenait qu'elle s'écria: