Les deux jeunes gens, cachés dans une encoignure, assistèrent donc à la scène que nous venons de retracer.

—Vous voyez que j'avais deviné juste, dit le comte de Marillac, lorsque le maréchal fut parti.

Ils revinrent alors vers l'hôtel Coligny, le comte pensif, le chevalier inquiet, de cette profonde inquiétude qui serre la gorge, et qu'il cachait sous ce masque de froideur et ces saillies qui lui étaient habituelles.

En arrivant devant l'hôtel Coligny, Pardaillan tendit sa main et annonça qu'il retournait près du maréchal.

Mais le comte le retint.

—Voulez-vous, dit-il, me faire un grand plaisir? Il s'agit simplement de dîner avec moi ce soir; puis, vers neuf heures, je vous emmènerai quelque part, où je meurs d'envie de vous présenter à une personne...

—A qui donc? fit le chevalier en souriant.

—A ma fiancée. Vous acceptez? Vous êtes libre ce soir?...

—Je suis libre, mon ami; mais fusse-je enfermé à la Bastille, que, pour avoir l'honneur d'être présenté à celle que vous appelez votre fiancée, je démolirais la Bastille!

Devisant ainsi, et se disant le plus simplement du monde de ces choses énormes, les deux amis se dirigèrent vers une guinguette, où ils dînèrent de bon appétit.