Vers neuf heures, le comte de Marillac, suivi du chevalier, prit le chemin de la rue de la Hache.

Il avait été maintes fois question, entre Pardaillan et Marillac, de la scène du Pont de bois; mais jamais Pardaillan n'avait songé à dire que, ce jour-là, la reine de Navarre était accompagnée d'une jeune fille. De son côté, Alice de Lux n'avait jamais dit à son fiancé qu'elle se trouvait dans cette circonstance auprès de Jeanne d'Albret; en effet, il eût fallu expliquer comment la reine, avait été attaquée; elle craignait, par un mot imprudent, de révéler son attitude...

Il en résultait d'une part: Marillac ignorait que Pardaillan eût sauvé sa fiancée; de l'autre, Pardaillan ignorait que la compagne de la reine de Navarre fût précisément cette jeune fille, dont son ami l'avait entretenu avec tant de passion.

Cela dit, revenons à Alice de Lux. Il y avait en elle de l'anxiété et de la terreur. L'anxiété venait de la présence chez elle de Jeanne de Piennes et de Loïse. Elle avait, il est vrai, pris toutes ses précautions. Jeanne et sa fille étaient logées au premier, dans deux chambres qui donnaient sur le derrière de la maison. Elles y étaient enfermées à clef. Mais, enfin, un hasard pouvait révéler leur présence à Marillac.

Et alors, comment expliquerait-elle cette présence?

Ce qui provoquait sa terreur, c'était un laconique billet qu'elle venait de recevoir.

On n'a pas oublié que ses conventions avec la reine Catherine l'obligeaient à déposer, tous les soirs, dans la plus basse fenêtre de la tour, construite pour l'astrologue Ruggieri, une sorte de rapport de police. Généralement, elle se contentait de quelques mots vagues, tracés d'une écriture contrefaite:

—Rien de nouveau à dire... ou bien—J'ai vu l'homme, tout va bien...

Ce soir-là, au moment où Alice jetait son rapport, elle se sentit saisir par la main, et, dans cette main, on glissa un papier plié.

Ce billet venait de Catherine de Médicis, mais ne portait aucune signature, aucun signe qui pût laisser deviner qui l'avait sinon écrit, du moins dicté.