—J'attends les communications dont Votre Majesté veut bien me charger, et j'ose vous assurer, madame, qu'elles seront fidèlement transmises à ma reine...

—Il ne sait rien! pensa Catherine, qui eut un soupir de soulagement. Et comment saurait-il, d'ailleurs?

—Ce que j'ai à vous dire, reprit-elle, est d'une extrême gravité. D'abord, comte, ne vous étonnez pas que je vous reçoive ici, la nuit, en présence d'un seul ami fidèle, au lieu de vous recevoir au Louvre. Il y a à cela deux motifs: le premier, c'est que tout le monde ignore votre présence à Paris et celle de certains personnages. Le deuxième, c'est que toute la négociation dont je vous charge doit demeurer secrète...

Le comte s'inclina.

—Ensuite, continua la reine, je dois vous expliquer pourquoi je vous confie la solution de la redoutable querelle qui, hélas! a déjà coûté tant de sang aux hommes, tant de larmes aux mères... et je ne suis pas seulement reine; moi aussi, je suis mère!

Cette parole, d'une incroyable imprudence, en un tel moment, provoqua chez Déodat—chez le fils!—une prodigieuse explosion de douleur intérieure. Ce sentiment fut si violent que le comte devint livide et il fût tombé s'il ne se fût appuyé au dossier d'une chaise. Catherine, toute à sa pensée, ne s'aperçut de rien. Mais Ruggieri avait vu, lui... avait compris!...

—Il sait!... rugit-il au fond de lui-même.

—Je vous ai choisi, continua la reine, parce que je sais combien Jeanne d'Albret vous aime. Je vous ai choisi parce que j'ai des vues sur vous...

—Des vues sur moi! s'écria le comte avec une profonde amertume dont Ruggieri saisit le sens. Aurais-je donc l'honneur d'être déjà connu de Votre Majesté?...

—Oui, monsieur, je vous connais... et même depuis beaucoup plus de temps que vous ne pouvez supposer...