—Vous croyez donc que Jeanne d'Albret acceptera mes propositions et quelle désarmera...
—Devant votre magnanimité, oui. Majesté!... Elle n'eût pas désarmé devant la force et la violence. Ma reine, comme Votre Majesté, est animée d'un sincère désir de paix. Elle accueillera avec joie l'assurance que, désormais, il n'y aura plus de différence entre un catholique et un réformé...
—Vous porterez donc mes propositions à Jeanne d'Albret. Je vous nomme mon ambassadeur secret pour cette circonstance, et voici la lettre qui en fait foi.
A ces mots, Catherine tendit au comte un parchemin tout ouvert et déjà recouvert du sceau royal.
La reine réfléchissait. Elle tournait et retournait dans sa tête la pensée qu'elle voulait émettre et jetait à la dérobée de sombres regards sur ce jeune homme qui était son fils.
Enfin, elle commença d'une voix hésitante:
—Maintenant, comte, nous en avons fini avec les affaires de l'Etat et de l'Eglise. Il est temps que nous parlions de vous. Et tout d'abord, je veux vous poser une question bien franche, à laquelle vous répondrez franchement, j'espère... Jusqu'à quel point êtes-vous attaché à la reine de Navarre? Jusqu'où peut aller votre dévouement pour elle?
Marillac frissonna. La question était toute simple en apparence. Mais fut-ce l'accent de Catherine? Le comte crut y entrevoir une sourde menace contre Jeanne d'Albret.
Catherine se douta peut-être de l'effet qu'elle venait de produire, car elle reprit, sans attendre la réponse:
—Comprenez-moi bien, comte. La reine de Navarre, si elle accepte, comme je n'en doute pas, les propositions que je lui soumets, viendra à Paris pour les fêtes de la grande réconciliation. Je veux, en effet, que le mariage de ma fille avec le jeune Henri soit l'occasion d'une joie populaire dont on gardera le souvenir pendant des siècles. Sachez donc que je rêve pour Henri de Béarn une destinée glorieuse. Puisqu'il va être de la famille, je lui veux un royaume véritable et digne de lui. Qu'est-ce que la Navarre? Un joli coin de terre sous le ciel, certes, et qui serait encore un royaume acceptable pour un gentilhomme dépourvu de tout au monde. Mais, pour Henri de Béarn, je veux quelque chose comme une autre France... la Pologne, par exemple!