—La Pologne! s'écria le comte étonné.
—Oui, mon cher comte. J'ai des nouvelles sérieuses de ce grand Etat. Avant peu, sans doute, je pourrai disposer de ce beau trône... Je le réserve à un de mes fils. Et Henri de Béarn ne sera-t-il pas aussi mon fils, du jour où il aura épousé Marguerite de France? Dès lors, la Navarre n'a plus de roi.
—Majesté, dit fermement Marillac, je ne crois pas que Jeanne d'Albret abandonne jamais la Navarre...
—Tout est possible, comte, même que Jeanne et son fils refusent la gloire que je rêve pour eux, dans mon ardent désir d'effacer un triste passé. Mais enfin, si vous vous trompiez... si, pour une raison ou une autre, la Navarre se trouvait libre... eh bien, il lui faudrait un roi... Vous, monsieur!
Cette déclaration produisit sur Marillac l'effet d'un coup de foudre: il eut la sensation violente, instantanée, que Catherine savait qu'il était son fils. Un tremblement convulsif l'agita.
—Moi! balbutia-t-il, moi! roi de Navarre!
—Vous, comte, dit tranquillement Catherine.
—Moi! reprit Marillac. Mais, madame, pour qu'un pauvre être sans nom devienne un roi, il faut de puissants motifs.
—Je les trouverai. Ne vous inquiétez pas, comte!
—Vous ne me comprenez pas, madame! Ce n'est pas le motif de ma royauté que je cherche! C'est le motif qui vous pousse, vous, à vouloir faire de moi un roi! C'est la pensée qui vous guide! Ah! madame, c'est cela seulement que je veux savoir, le reste n'est rien!