Jeanne se mit aussitôt en chemin, serrant nerveusement dans ses bras Loïse endormie.

Forte de son amour d'amante et de son amour de mère, elle s'enfonça dans la nuit, sous les grands arbres de la forêt, que les rafales de mars courbaient en salutations majestueuses entrevues dans l'ombre.

Environ une heure après le départ de François de Montmorency, des bûcherons apportèrent sur une civière le corps ensanglanté de son frère Henri. Henri fut porté dans son appartement, et le chirurgien du château sonda la blessure.

—Il vivra, dit-il, mais, de six mois, il ne pourra se lever.

Les bûcherons avaient reconnu François au moment du duel. Mais l'événement leur parut si étrange et si redoutable qu'ils ne voulurent rien dire. On supposa donc que le deuxième fils du connétable avait dû être attaqué par des routiers.

Ce fut vers la même heure que le chevalier de Pardaillan quitta Montmorency. Il ignorait ce qui venait de se passer au manoir. Mais l'eût-il su qu'il fût parti quand même. En effet, Pardaillan connaissait admirablement Henri de Montmorency, et savait qu'il n'y avait pas de pitié à attendre de lui.

—En somme, grommelait-il, en rendant l'enfant j'ai trahi mon vindicatif seigneur. Tudiable! C'est qu'il adore voir un corps se balancer au bout d'une corde, ce digne maître!

Ayant ainsi raisonné, ayant soigneusement examiné la ferrure de son cheval et bourré son porte-manteau, le chevalier de Pardaillan se mit en selle, plaça devant lui son petit Jean, salua le manoir d'un grand geste héroïque et railleur, et se mit en route d'un bon trot dans la direction de Paris.

Au bout d'un bon temps de trot de vingt minutes, le cavalier crut apercevoir une ombre à deux pas de son cheval et, au même instant, celui-ci fit un brusque écart, puis s'arrêta net. Pardaillan se pencha, distingua une femme, et presque aussitôt la reconnut. Il tressaillit.

Jeanne, cependant, continuait à marcher. Peut-être n'avait-elle pas entendu venir le cavalier.