—Monseigneur est aujourd'hui d'une obligeance dont je lui serai toujours reconnaissant.

—Bon. Savez-vous comment s'appelle l'homme que vous n'avez pas poursuivi jusqu'à la porte Bordet, que vous avez accompagné bras dessus, bras dessous, jusqu'au cabaret du Marteau-qui-cogne, que vous n'avez nullement cloué d'un coup d'épée, et qui vient rôder autour de l'hôtel, en sorte que je le ferai prendre et ficeler...

—Je serais charmé de le savoir, monseigneur.

—Eh bien, il s'appelle le chevalier de Pardaillan, et c'est votre fils!

—Le même qui vous tira des mains des truands? interrogea le vieux routier avec une insolence admirable.

Le maréchal demeura un moment sans voix. Il s'attendait à voir pâlir Pardaillan, et Pardaillan lui riait au nez.

—Ne nous fâchons pas, reprit sourdement Damville, ou, du moins, pas encore. Voyons: ce que je viens de vous dire est-il exact?

—Du moment que vous le dites, monseigneur, je serais bien audacieux d'affirmer le contraire: vous dites que mon fils vous a attaqué, cela doit être. Vous dites que je l'ai accompagné. C'est possible. Il ne me reste qu'à vous féliciter d'avoir été si bien renseigné.

Les deux hommes se mesurèrent du regard. Et, cette fois encore, ce fut le tout-puissant seigneur qui baissa les yeux devant l'aventurier. Pardaillan continua:

—Mon langage vous déplaît, monsieur le maréchal. Est-ce ma faute?... Comment! Je me trouve en présence de la pire solution! Pour vous rester fidèle, je risque de devenir l'ennemi de mon fils. Je m'efforce à concilier vos intérêts avec les siens!