N'ayant pas d'eau pour laver ces blessures, ce fut avec du vin que Pardaillan les lava.
Il put se mettre debout et, à tâtons, s'exerça à faire quelques pas. Il eut un grognement de satisfaction; en somme, la vieille machine tenait bon.
Sur ce, il chercha un coin pas trop humide, pas trop dur, et s'y endormit profondément.
Lorsqu'il se réveilla, il regarda autour de lui, essayant de percer les ténèbres de la cave.
—Ah ça, grommela-t-il, est-ce bien la peine de se préoccuper de mes blessures? Si je ne me trompe, dans quatre ou cinq jours au plus tard, la mort viendra me guérir de ces plaies et m'offrir le repos pour jamais! En effet, je vais mourir de faim...
En parlant ainsi, Pardaillan se leva, retrouva l'escalier qui montait à la porte et essaya de voir si, par quelque manière, il en viendrait à bout..., mais il se rendit compte facilement qu'autant eût valu essayer de percer les épaisses murailles qui servaient de fondements à l'hôtel.
Alors seulement, la pensée lui vint que, s'il ne pouvait pas ouvrir, il n'en était pas de même de ceux qui étaient au-dehors, et qu'on pouvait venir l'égorger pendant son sommeil.
Par une bizarre contradiction, ou par un dernier espoir, Pardaillan, qui consentait à mourir de faim, se refusa énergiquement à mourir égorgé; il résolut de barricader la porte et d'empêcher qu'on pût entrer dans la cave, puisqu'il ne pouvait en sortir.
Il redescendit donc l'escalier pour se mettre en quête des matériaux nécessaires, et, pour se donner du coeur à l'ouvrage, commença par se diriger vers le coin aux bouteilles; il en saisit une qu'il décapita et la porta à ses lèvres. A côté, il découvrit une vraie mine de jambons. Ils étaient proprement arrangés sur de la paille, en sorte que Pardaillan, en attaquant le premier, se dit avec satisfaction:
—Voici le lit, voici les boissons rafraîchissantes et voici la nourriture aussi agréable que substantielle.