Et les cheveux de Gillot se hérissèrent sur sa tête! Car, cette voix, il la reconnaissait!

C'était le vieux Pardaillan qui venait de pousser cet éclat de rire. Nous l'avons laissé au moment où, n'ayant plus qu'un jambon pour toute provision, il entrevoyait avec horreur le supplice de la famine comme le terme fatal de sa carrière d'aventures. Lorsque ce dernier jambon fut épuisé, lorsqu'après avoir une centième fois fouillé la cave dans tous les sens Pardaillan se fut bien convaincu qu'il ne lui restait plus qu'à mourir, il prit une résolution:

Il se soutiendrait avec du vin tant qu'il pourrait. Et, au moment où les souffrances de la faim deviendraient pressantes, eh bien, il échapperait à la torture par le suicide: d'un coup de dague, il en finirait.

Couché près de son tas de bouteilles, il y avait sans doute plusieurs heures qu'il n'avait mangé et se demandait s'il ne valait pas mieux se tuer tout de suite. Tout à coup, il lui sembla entendre un bruit derrière la porte, il se releva d'un bond, se rapprocha, haletant, de l'escalier, et écouta...

Et ce qu'il entendit lui causa une joie telle qu'il eut de la peine à retenir un cri. Il se dissimula dans un coin au pied de l'escalier; Gilles et Gillot passèrent à deux pas de lui.

Il attendit qu'ils se fussent enfoncés dans le fond de la cave. Alors il n'eut qu'à remonter, et tranquillement, il ferma la porte. Son premier mouvement fut alors de détaler, mais, s'étant convaincu que l'hôtel était parfaitement désert, la curiosité le prit de savoir ce que diraient les deux fossoyeurs improvisés.

Il entendit enfin l'oncle et le neveu s'approcher de la porte, une fois leur perquisition terminée. Et, satisfait de l'adieu qu'il leur jeta sous forme d'un éclat de rire et d'une menace, il s'éloigna.

Le vieux routier, bien qu'il eût habité peu de temps l'hôtel, le connaissait pourtant de fond en comble. Rendu à la liberté par le tour de passe-passe auquel nous venons d'assister, il se rendit directement à l'office, alluma un flambeau, visita les armoires et commença par se réconforter de quelques victuailles oubliées. Alors il chercha les clefs des appartements et, les ayant trouvées, il se mit à visiter l'hôtel.

Il parvint dans une grande salle où se trouvait un grand miroir. Il en profita pour s'inspecter de la tête aux pieds et constata qu'il était à faire peur. Il n'avait plus de chapeau, ses vêtements étaient en lambeaux, tachés de boue, de sang et de vin. Il n'avait plus d'épée. D'ailleurs, ses blessures étaient toutes fermées, et, sauf une cicatrice rougeâtre au nez, son visage était à peu près intact.

—Procédons avec ordre et méthode, dit Pardaillan.