Aussitôt, il pénétra dans la chambre à coucher du maréchal; il avisa une haute armoire ventrue à laquelle il essaya toutes ses clefs. A force de fouiller la serrure avec la pointe de sa dague, il finit par la faire sauter.
—Tiens! fit-il, voila l'armoire qui s'ouvre!
Elle était remplie de linge et de vêtements. Il procéda alors à une toilette complète dont il avait le plus grand besoin. Quand il fut somptueusement habillé, il prit à une panoplie une solide rapière.
En continuant ses recherches, il arriva dans un cabinet écarté, où il tomba en arrêt devant un coffre armé de trois serrures. Au bout d'une heure de travail, les trois serrures avaient sauté. Pardaillan ouvrit le coffre et demeura ébloui: il était plein d'or et d'argent; il y avait là tout un trésor.
—Voyons, dit-il, je ne suis pas un truand. Je n'emporterai donc pas cet or qui est à M. de Damville. Très bien. Mais M. de Damville me doit une indemnité de guerre que j'estime à trois mille livres.
A mesure qu'il parlait ainsi, le vieux Pardaillan puisait dans le coffre. Lorsqu'il eut garni sa ceinture de cuir des trois mille livres qu'il avait comptées en pièces d'or, il referma soigneusement le coffre, puis le cabinet, puis toutes les chambres qu'il avait ouvertes. Et ainsi habillé de neuf des pieds à la tête, une bonne épée au côté, la ceinture garnie, il se dirigea d'un pas léger vers la grande porte de l'hôtel.
Il se rendit à l'auberge de la Devinière, où il interrogea maître Landry qui lui apprit que la cour était à Blois.
—Mais, ajouta le digne aubergiste, permettez-moi, monsieur, de vous féliciter du bien qui vous arrive; je vois, au superbe costume que vous portez, que vos affaires sont en bon train.
—En effet, maître Landry; je viens de faire un petit voyage... Ce petit voyage m'a enrichi, ce qui va me permettre de régler le vieux compte que nous avons ensemble.
—Ah! monsieur, s'écria Landry, j'ai toujours dit que vous étiez un parfait galant homme.