—Ah! misérable! s'écria soudain le vieux routier. Tu vas payer cher ta trahison!

Landry demeura ébahi, la bouche ouverte, les yeux ronds de surprise, tandis que Pardaillan, repoussant la table à laquelle il était assis, s'élançait au-dehors comme un forcené.

Qu'était-il donc arrivé à Pardaillan? il avait vu passer, devant la Devinière, Orthès d'Aspremont à qui, non sans raison, il attribuait sa dispute avec le maréchal.

C'était bien d'Aspremont qui passait, en effet, sa blessure ne lui ayant pas permis de suivre Damville. Malheureusement, il paraît que d'Aspremont était pressé; car il marchait d'un bon pas, et, lorsque Pardaillan arriva au coin de rue où il l'avait vu tourner, son adversaire avait disparu. Tout maugréant, il prit le chemin de l'hôtel de Montmorency.

—Pourvu qu'il ne soit rien arrivé au chevalier! songeait-il. Ces Montmorency sont une mauvaise race. Je viens d'en avoir une nouvelle preuve avec Henri François est-il meilleur?...

Contre son attente, le vieux Pardaillan trouva à l'hôtel Montmorency son fils qui le serra dans ses bras.

—Que vous est-il arrivé, mon père? demanda le chevalier.

—Je te raconterai cela. Je reviens de très loin. Mais, toi-même, mon cher chevalier, que t'est-il donc arrivé?

—A moi, monsieur?... mais rien que je sache.

—Cependant tu as la mine d'un moine qui, par hasard, aurait réellement fait carême. Tu es pâle, tu es triste...