—Ainsi, reprit-elle plus calme, le comte n'est pas de retour à Paris?

—Non, madame.

—Et, fit-elle avec hésitation, vous n'en avez reçu aucune nouvelle? Vous ne savez pas ce qu'il fait... ce qu'il pense?

—Je n'en ai pas de nouvelles, madame; mais tout le monde sait à Paris que la reine de Navarre est à Blois, en conférence avec le roi de France. Il est donc certain que le comte se trouve à Blois, depuis plus de quinze jours.

—Quinze jours!...

—Tout autant, madame. Or, pour un cavalier comme le comte, de Blois à Paris, il y a quatre journées de marche.

Un éclair de joie puissante parut dans les yeux d'Alice. Avec son tact ordinaire, le chevalier ne tirait aucune conclusion de ce qu'il venait de dire. Mais cette conclusion s'imposait d'elle-même à l'esprit d'Alice:

—Si la reine de Navarre m'avait dénoncée, il serait ici depuis longtemps!

Donc, selon toute vraisemblance, Jeanne d'Albret n'avait pas parlé. Alice redevint la charmante maîtresse de maison qu'elle était. Sur son appel, la vieille Laura apporta des fruits, des rafraîchissements, des confitures, selon la mode. Mais Pardaillan ne voulut goûter à aucune des douceurs qu'elle lui présenta.

—Chevalier, dit-elle, lorsqu'elle fut arrivée à se rendre maîtresse de sa propre émotion, me pardonnerez-vous jamais la façon indigne dont je vous ai accueilli... j'étais folle...