Tout à coup, des trompettes retentirent au loin; il reboucla son épée, posa sa toque à plume noire sur le coin de son oreille gauche, et, redressant sa moustache, s'en fut vers la rue de Montmartre d'où venait le bruit des trompettes, après avoir prévenu Catho qu'il serait de retour dans peu de minutes pour retrouver son fils.

—Vous allez donc voir l'entrée du roi? fit Catho.

—Ah! ah! c'est donc Charles que signalent ces trompettes guerrières?

—Oui, monsieur. On dit que le roi sera accompagné de Mme de Navarre et son fils, ainsi que d'une foule de seigneurs huguenots, qui se sont embrassés avec les gentilshommes catholiques.

—Bon! Et moi qui voyais la guerre!... Enfin, allons voir les beaux habits et les belles armes des gardes.

Ayant dit, Pardaillan remonta la rue Tiquetonne et ne tarda pas à déboucher rue Montmartre. Mais, là, il fut pris dans un remous de peuple et porté, poussé contre la porte d'une maison.

—Un sol la chaise! Qui veut voir et entendre? On verra notre sire, le roi, on verra madame Catherine dans son carrosse d'or, on verra messieurs de Guise sur leurs grands chevaux, on verra... un sol la chaise!...

Ainsi glapissait un gamin. Pardaillan lui donna quelques pièces de menue monnaie et se hissa sur la chaise, qui était placée contre la porte de la maison en question. Cette porte était solidement fermée. Et, en levant les yeux, Pardaillan s'aperçut que les fenêtres de l'unique étage étaient closes également, à l'encontre des maisons voisines où toutes les fenêtres étaient garnies de têtes curieuses.

De son poste, Pardaillan dominait maintenant la foule et voyait s'approcher lentement le cortège royal, tandis que les cloches de toutes les églises de Paris sonnaient à toute volée, et que les couleuvrines du Louvre tonnaient. D'abord vint une compagnie des bourgeois du quartier, en armes; ils s'avançaient en répétant:

—Le roi! Le roi! Place pour notre roi!