Devant eux, la foule refluait à droite et à gauche, s'ouvrant comme la mer sous l'éperon d'un navire. Derrière eux, marchaient une compagnie d'arquebusiers, puis des pertuisaniers, et, enfin, apparaissaient les gardes du roi, précédés d'un double rang de trompettes à cheval. Aussitôt après, dans un somptueux carrosse doré, surmonté d'une couronne, traîné par douze chevaux blancs, caparaçonnés d'or dont chacun était tenu en main par un suisse gigantesque, apparaissait la pâle figure de Charles IX.

Dans le même carrosse, sur la même banquette que Charles IX, assis à sa gauche, se trouvait Henri de Béarn qui, lui, multipliait les saluts, faisait des signes amicaux aux hommes, et riait aux femmes.

Derrière le carrosse royal, venait une lourde machine non moins dorée, dans laquelle avait pris place Catherine de Médicis. Près d'elle, Jeanne d'Albret. Catherine ne cessait de saluer le peuple que pour sourire à Jeanne.

Perché sur sa chaise, Pardaillan assistait à cette féerie avec un sourire goguenard.

—Voilà les huguenots dans la place, grommelait-il. Mais ce n'est pas le tout que d'entrer. Comment vont-ils sortir?

Tout à coup, son regard se croisa avec un regard flamboyant, auquel il s'accrocha pour ainsi dire.

—Le maréchal de Damville! gronda le routier.

En même temps, il saluait de son plus gracieux sourire et de son plus beau geste. Damville, d'une violente secousse, avait arrêté son cheval et demeurait pétrifié, les yeux rivés sur ce Pardaillan qu'il croyait mort.

—Oh! oh! songeait à ce moment le vieux routier, la fête est complète. Tous mes assassins me regardent!

Il redoubla les sourires et les saluts. En effet, près de Damville, trois ou quatre cavaliers s'étaient arrêtés.