—L'homme que nous avons grillé dans le cabaret! s'écria l'un.

—Celui qui est mort avec le chevalier de Pardaillan, fit un autre.

Ces cavaliers qui étaient de la suite du duc d'Anjou, c'étaient Quélus, Maugiron, Saint-Mégrin et Maurevert...

Cependant Pardaillan, que tous ces regards convergés vers lui ne troublaient aucunement, commençait à se dire que la rencontre pourrait bien fort mal tourner pour lui. En conséquence, il essaya de descendre de sa chaise afin de se faufiler dans la foule et de disparaître. Malheureusement, la foule était si tassée, si compacte autour de lui, que force lui fut de demeurer immobile sur son piédestal.

Au moment où Pardaillan cherchait inutilement à descendre de sa chaise, le duc d'Anjou, s'étant retourné, s'aperçut que plusieurs de ses gentilshommes s'étaient arrêtés. Il appela Quélus, son favori, qui, s'approchant de lui, se mit à lui parler vivement. Le duc d'Anjou fit alors un signe au capitaine de ses gardes. Puis tout ce monde, entraîné par la marche du cortège, continua à s'avancer.

—Les choses se gâtent! pensa le vieux routier.

Il faut noter, en effet, que Pardaillan n'était pas le seul perché sur une chaise. Près de lui, à sa gauche, il y avait une table qui supportait sept ou huit curieux. A sa droite, une sorte de tréteau était couvert par une quinzaine de personnes. Il y avait aussi des chaises en quantité. Pardaillan prit le seul parti qui lui restait à prendre: il fit basculer sa chaise qui tomba; l'instant d'après, il se trouva sur la chaussée au milieu de gens qui hurlaient, furieux. L'aspect martial de Pardaillan leur imposa silence.

Il fallait, coûte que coûte, sortir de cette foule et disparaître au plus tôt. A ce moment, au lieu de s'ouvrir devant lui, la foule reflua violemment et, pour ne pas être entraîné, Pardaillan s'accrocha au marteau de la porte devant laquelle sa chaise était placée. Que se passait-il?

On eût dit qu'une partie du cortège royal faisait demi-tour, revenant sur ses pas. Une vingtaine de cavaliers, au grand trot, accouraient sans s'inquiéter des cris de terreur des femmes et des blasphèmes des bourgeois. Il y eut une fuite éperdue des vagues populaires.

Et Pardaillan, accroché à son marteau, vit couler le flot sans comprendre les causes de cette fuite. Enfin, il se vit seul, tout seul contre cette porte. Alors, il lâcha le marteau et se retourna. Or, dans le mouvement brusque qu'il exécuta, le marteau frappa sur son clou arrondi.