—Comment s'appelle-t'il?...

—Elle s'appelle Loïse! dit Jeanne, palpitante de tendresse.

Une moue dédaigneuse plissa les lèvres du connétable. Une fille!... Elle recula en pâlissant, tandis que lui reprenait:

—Je vous promets, madame, de vous écouter maintenant!... Parlez donc sans crainte, et exposez-moi cette vérité dont vous vouliez m'entretenir.

Jeanne comprit que le lien qui était en train de se former d'elle à Montmorency venait de se briser. Mais une femme qui aime recèle dans son coeur des forces qui sont pour l'homme un sujet de stupéfaction. Elle rassembla toute son énergie, et entreprit de se justifier aux yeux du père de François.

Avec cette voix qui était comme une mélodie d'un charme à la fois délicat et puissant, avec cette poésie naturelle qu'elle puisait dans son amour, elle dit ses premières rencontres avec François, l'irrésistible tendresse qui les avait poussés l'un vers l'autre, leurs aveux, puis la faute, puis la scène du mariage nocturne, les menaces d'Henri, la naissance de Loïse, et enfin l'effroyable supplice final où son coeur d'amante et de mère avait été broyé...

Elle dit tout, n'omit aucun détail; le vieux Montmorency l'écouta sans prononcer une parole. Son oeil se plissait, son esprit, indifférent à ce drame lamentable, cherchait une ruse...

—Relevez-vous, madame, dit-il enfin. Je suis convaincu que vous dites la vérité...

—Oh! s'écria Jeanne avec exaltation. Loïse est sauvée!...

Ce cri de la mère troubla un instant l'âme obscure du guerrier. Mais aussitôt il se remit et reprit: