—Vous mentez, monsieur!

—Par le Ciel! que dit-elle là?...

—Je dis, monsieur, que vous avez seulement l'habit d'un gentilhomme! Je dis que votre couronne de cheveux blancs ne vous mettrait pas à l'abri du soufflet vengeur, si mon père, assassiné par vous, se trouvait près de moi! Je dis que vous parlez à une femme qui porte votre nom, monsieur!

L'accent de ces paroles avait été en se haussant pour ainsi dire, depuis la simple dignité de la femme offensée jusqu'à la majesté d'une reine.

Montmorency, étonné, rougit, pâlit et parut un instant balancer pour jeter un ordre... Puis le vieux chef des armées du roi s'inclina profondément. Il était dompté.

—Monseigneur, reprit alors Jeanne en comprimant la violente agitation de son sein, vous m'avez dit tout à l'heure que vous saviez tout!... Non, monseigneur, vous ne savez pas tout! Vous ignorez l'affreuse vérité, comme l'ignore mon maître et mari, comme l'ignore l'époux de mon coeur, l'homme à qui j'ai donné ma vie, à qui je voudrai éviter une larme au prix de mon sang!... Cette vérité, monseigneur, vous devez l'entendre pour mon honneur, pour le bonheur de François, pour la vie de l'innocente créature qu'abrite votre toit en ce moment... l'enfant de notre amour!

Étonné par la noblesse du geste et par la douleur de l'accent, fasciné par tant de beauté et de simplicité, le vieux Montmorency, pour la deuxième fois, s'inclina.

—Parlez donc, madame, dit-il.

Et en même temps, ses yeux se portèrent sur la petite Loïse endormie. Jeanne saisit ce regard au vol. Quelque chose comme une aube d'espoir illumina son âme. Avec ce mouvement d'orgueil qu'ont toutes les mères, elle prit la mignonne créature dans ses bras, l'embrassa longuement et, avec une timidité douloureuse, avec un sourire mouillé de pleurs, la tendit au formidable aïeul.

Peut-être, à cette fugitive minute, le coeur de Montmorency fut-il attendri! Il eut un geste vague des bras comme pour saisir l'enfant, et il demanda: