La première pensée du chevalier fut de s'écarter pour ne pas être reconnu, et de cherchera gagner la rue Tiquetonne, Et déjà il commençait à opérer son mouvement de retraite, lorsqu'il crut reconnaître la voix de son père! Aussitôt, il se rua tête baissée dans la foule!
Il passa. En quelques secondes, il parvint aux cavaliers qui entouraient Pardaillan. Il vit son père acculé contre la porte.
S'accrocher à l'étrivière du premier cheval auquel il se heurta, se hisser d'un élan sur la selle, placer la pointe de sa dague sur la gorge du cavalier stupéfait et terrifié fut pour lui l'affaire d'un instant.
—Descendez, monsieur! dit le chevalier.
—Vous êtes fou, monsieur!
—Non, je suis fatigué, et j'ai besoin d'un cheval. Descendez, ou je vous tue!
Le cavalier leva le pommeau de son épée pour assommer l'étrange adversaire. Mais il n'eut pas le temps d'achever. Un coup de dague en pleine poitrine l'atteignit. Il se renversa et roula. Le chevalier enfourcha la bête et dégaina sa rapière. Et, furieusement, il bondit. Cela avait eu la rapidité et le flamboiement d'un éclair.
Un large espace demeura vide autour du vieux routier. Et il y eut alors quelques secondes de répit pendant lesquelles chacun étudia rapidement la situation. Le chevalier, au centre de cet espace vide, avait arrêté son cheval frémissant et le maintenait d'une main de fer.
Ces quelques secondes de répit étaient mises à profit par le vieux Pardaillan. Les tables, les chaises, les échelles qui avaient servi aux curieux, maintenant en déroute, il s'en emparait, les entassait avec la prodigieuse habileté qu'il avait de ces sortes d'opérations, et à ce rempart, qui se dressait devant la porte à laquelle il était acculé, il ne laissait qu'un étroit passage.
—Pour le chevalier, quand il sera désarçonné, grommela-t-il.