Les cavaliers amenés par le capitaine des gardes d'Anjou n'attendaient qu'un signe de leur chef. Le capitaine dit en s'adressant aux deux Pardaillan:
—Messieurs, au nom du roi, faites-y bien attention!... Vous rendez-vous?
—Non, dit froidement le chevalier.
—Vous faites rébellion? En avant donc!... Gardes, emparez-vous de ces deux hommes!...
Les gardes d'un côté, les mignons de l'autre, se précipitèrent l'épée haute sur le chevalier qu'il fallait saisir ou tuer avant d'arriver au vieux Pardaillan. Le chevalier comprit que la dernière minute était arrivée. Sa pensée suprême fut pour Loïse. Mais cette pensée ne fit que traverser son cerveau.
Au moment où l'attaque reprenait plus furieuse, et cette fois définitive, il voulut recommencer la manoeuvre désespérée qui venait de lui réussir. Il rassembla donc les rênes et porta aux flancs de la bête un double coup terrible. Mais le cheval, au lieu de s'enlever, s'abattit!...
—Malédiction! rugit le chevalier qui, sautant agilement, se retrouva l'épée à la main.
Que s'était-il passé? Dès la première intervention du chevalier, l'un des assaillants avait mis pied à terre et assuré dans sa main une de ces courtes dagues a large lame qui étaient des armes si meurtrières. Cet homme, c'était Maurevert. Il suivit d'un oeil attentif les mouvements du chevalier, et, au moment ou le capitaine criait:—En avant!. il se précipita à pied, se cramponna à la bride du cheval et lui enfonça sa dague en plein poitrail, d'un coup sur et violent. Atteinte au coeur, la bête s'affaissa agonisante. Le chevalier s'apprêta à mourir, et déjà il commençait à fourrager de sa rapière dans la masse qui grouillait autour de lui.
—Par ici! hurla le vieux Pardaillan
Le chevalier retourna la tête, vit le rempart élevé par son père; un éclair de dernier espoir brilla dans ses yeux et il se précipita vers l'ouverture. A peine fut-il en sûreté que l'ouverture fut bouchée par la chute d'un tréteau que le vieux routier avait maintenu suspendu à bout de bras.