Le père et le fils se trouvèrent enfermés dans cette citadelle improvisée. Ils échangèrent un regard qui fut leur suprême étreinte d'adieu car ils n'avaient le temps ni de s'embrasser, ni même de se serrer la main.
Les chevaux avaient marché en rang serré sur l'obstacle. Mais il y eut un recul, avec des hennissements de douleur, les bêtes se cabrant, les cavaliers jurant comme des païens: le vieux Pardaillan à gauche, le chevalier à droite, commençaient à s'escrimer; d'instant en instant, avec une sûreté terrifiante avec une rapidité d'éclair, les deux épées surgissaient d'entre les barreaux des chaises entassées, d'entre les pieds de table, s'élançaient comme des vipères d'acier piquaient les chevaux aux naseaux, aux poitrails et les deux indomptables assiégés, silencieux, ramassés sur eux-mêmes, le vieux routier dans une attitude de bête sauvage qui aspire le carnage, le jeune, imperturbable et froid, apparaissaient comme des Titans d'un autre âge.
Le capitaine, d'un geste, arrêta encore l'attaque; cette tactique ne réussissant pas, il fallait en employer une autre.
—Es-tu blessé? dit le vieux Pardaillan.
—Pas une égratignure, et vous, mon père?
—Rien encore. Tâchons de bien mourir, par Pilate!
—Tâchons de ne pas mourir, dit froidement le chevalier.
—Pied à terre! commanda le capitaine
Une douzaine de cavaliers sautèrent à bas de leurs chevaux.
Alors, ce fut un cercle d'épées qui se forma autour du rempart; douze ou quinze pointes convergèrent sur les Pardaillan.