Un tressaillement agita Jeanne de Piennes. Loïse pâlit.
—Vous êtes libres toutes les deux, reprit Alice avec une calme fermeté; cette circonstance dont je vous parlais n'existe plus. Adieu, madame, adieu, chère demoiselle...
A ces mots, Alice de Lux se retira. La mère et la fille demeurèrent un instant comme accablées de la triste joie qu'elles éprouvaient. Puis elles s'embrassèrent dans une étreinte pleine d'effusion. A ce moment, une pensée fit tressaillir Jeanne de Piennes. Elle allait se trouver avec sa fille sans aucune ressource, sans logis, sans pain. Retourner à la maison de la rue Saint-Denis, c'était sans aucun doute retomber au pouvoir d'Henri de Montmorency.
Jeanne comprenait qu'elle n'aurait plus la force de travailler pour sa fille, comme jadis.
—Qu'allons-nous devenir? ne put-elle s'empêcher de murmurer.
—Ma mère, dit bravement Loïse, comme si elle eût suivi pas à pas la pensée de Jeanne, vous avez travaillé pour nous deux; maintenant, ce sera mon tour, voilà tout!...
A ce moment, Alice de Lux reparut devant Jeanne de Piennes.
—Madame, dit-elle d'une voix altérée, pardonnez-moi d'avoir entendu votre entretien; j'ai écouté... ceci est un des malheurs de ma vie: j'ai pris, j'ai dû prendre l'habitude d'écouter autour de moi... Vous vous trouvez sans ressources, j'aurais dû y songer; je suis riche, madame. Laissez-moi la joie de faire un peu de bien...
A ces mots, elle déposa sur le coin d'une table une bourse qui pouvait contenir une centaine d'écus d'or. Une vive rougeur empourpra le visage de Jeanne de Piennes.
Loïse se détourna avec embarras. Alice s'agenouilla.