—Madame, dit-elle d'une voix brisée, c'est une mourante qui vous offre ce peu d'or destiné à rendre moins durs à cette noble demoiselle les premiers temps...

Jeanne regarda sa fille et tressaillit.

—Je vous ai fait tant de mal, continua Alice, en acceptant de vous garder ici détenues, que j'en ai comme le coeur rongé. Je vous jure que vous adoucirez les derniers jours d'une malheureuse en recevant ce faible présent.

Jeanne de Piennes laissa tomber sur la geôlière un regard d'infinie miséricorde. Elle tendit ses mains à Alice qui les saisit et les baisa ardemment. Jeanne prit la bourse.

Elle voulut dire quelques paroles d'adieu à cette étrange geôlière pour qui elle n'éprouvait plus que de la pitié, mais déjà Alice s'était relevée et avait disparu.

—Partons! dit alors Jeanne.

Sur le premier moment, l'idée qu'elle était libre, qu'elle échappait enfin à Henri, lui causa une joie qui ranima ses joues flétries. Un pâle sourire se joua sur ses lèvres.

En attendant, il fallait trouver un logis quelconque. Rue Montmartre, une petite maison inhabitée lui sembla réunir les conditions de modestie, de calme et d'éloignement qu'elle recherchait. Elle s'y installa aussitôt, et commença à faire avec Loïse des plans de départ.

Loïse regardait sa mère avec inquiétude: jamais elle ne l'avait vue aussi fiévreuse. Dans la journée même, Jeanne dut s'aliter. Le délire la prit. Loïse, seule à lutter, n'en lutta qu'avec plus de fermeté.

Des jours se passèrent. Jeanne, pour cette fois, échappa à la mort qui la guettait. Mais, lorsqu'elle put se relever, elle comprit qu'elle était condamnée. Elle ne respirait plus qu'avec difficulté et, plusieurs fois par nuit, les suffocations jadis espacées à de longs intervalles venaient la menacer.