—Une dernière étreinte les unit. Un dernier baiser les fit frissonner. Puis François de Montmorency s'élança, disparut sous les fourrés.

Une minute Jeanne de Piennes demeura à la même place, émue, palpitante.

Enfin, avec un soupir, elle se retourna. Au même instant, elle devint très pâle: quelqu'un était devant elle—un homme d'une vingtaine d'années, figure violente, oeil sombre, allure hautaine. Jeanne eut un cri d'épouvanté:

—Vous, Henri! vous!

—Moi, Jeanne! Il paraît que je vous effraie! Par la mort-dieu, n'ai-je donc pas le droit de vous parler,... comme lui... comme mon frère!

Elle demeura tremblante. Et lui, éclatant de rire:

—Si je ne l'ai pas, ce droit, je le prends! Oui, c'est moi Jeanne! moi qui ai sinon tout entendu, du moins tout vu! Tout! vos baisers et vos étreintes! Tout, vous dis-je, par l'enfer! Vous m'avez fait souffrir comme un damné! Et maintenant, écoutez-moi! Sang du Christ, ne vous ai-je pas le premier déclaré mon amour? Est-ce que je ne vaux pas François?

—Henri, dit-elle, je vous aime et vous aimerai toujours comme un frère... le frère de celui à qui j'ai donné ma vie. Et il faut que mon affection pour vous soit grande, puisque je n'ai jamais dit un mot à François...

—Ah! c'est plutôt pour lui épargner une inquiétude! Mais dites-lui que je vous aime! Qu'il vienne, les armes à la main, me demander des comptes!

—C'en est trop, Henri! Ces paroles me sont odieuses, et j'ai besoin de toutes mes forces pour me souvenir encore que vous êtes son frère!