—Comme il me trouverait flétrie, s'il me voyait à présent!... Me reconnaîtrait-il seulement? Hélas! Je ne suis plus la Jeanne de jadis, je ne suis plus celle qu'il appelait la Fée du printemps... je ne suis plus que la Dame en noir...

Jeanne se trompe!... Elle est admirablement belle. Sa pâleur n'enlève rien à l'idéale beauté de son visage, à la parfaite pureté des lignes, à l'harmonieuse splendeur de ses cheveux...

L'éclat de ses yeux s'est seulement adouci et comme voilé.

Mais elle est toujours la femme radieusement belle que les gens du voisinage appellent—la Dame en noir parce qu'elle porte sur ses vêtements le même deuil éternel que dans son coeur.

Et ces yeux voilés reprennent eux-mêmes tout leur tendre éclat, cette bouche close reprend aussi son adorable sourire lorsque le regard de Jeanne se reporte sur la jeune fille qui, dans l'embrasure de la fenêtre, se penche et s'active sur un travail de tapisserie.

Ah! c'est que cette petite ouvrière aux doigts rosés qui courent dans la laine, c'est sa fille! sa Loïse!...

Loïse paraît seize printemps...

Ses yeux, d'un bleu intense, semblent réfléchir l'infinie pureté d'un ciel de mai. Ses cheveux forment autour de son front de neige un nimbe nuageux, presque fluide tant ils sont fins et soyeux.

On ne sait quelle force de souplesse et de fierté se dégage de ce merveilleux ensemble.

Et pourtant... Quelle mélancolie sur ce front si radieux, si noble de lignes, si expressif!...