Alors, toute rouge d'un réel bonheur, elle se jeta dans les bras de son amant qui la serra sur sa poitrine avec une indicible expression de tendresse.

Jeanne de Piennes avait assisté, immobile et douloureuse, à cette scène de bonheur intime et paisible.

—Comme ils s'aiment! songea-t-elle. Comme ils sont heureux, ce bon bourgeois et cette douce bourgeoise! Hélas! moi aussi, j'aurais pu être heureuse!...

—Oui, Marie, disait à voix basse le jeune homme, oui, c'est à cela que j'ai songé ces temps derniers! Car c'est à toi seule que je rêve au fond de mon Louvre! Et tandis que ma mère me croit occupé à la destruction des huguenots, tandis que mon frère d'Anjou se demande si je songe au moyen de le tuer, tandis que Guise cherche à surprendre sur mon front le secret de sa destinée, moi je songe que je t'aime, toi seule, puisque seule tu m'aimes!

Marie écoutait ces paroles avec ivresse... Elle oubliait la présence de la Dame en noir.

—Sire! sire! fit-elle, presque à haute voix, vous m'enivrez de bonheur.

—Sire! murmura Jeanne. Le roi de France!...

Et dans sa pauvre imagination tant martyrisée, une secousse violente se produisit. Elle était devant Charles IX... L'homme que tant de fois elle avait rêvé d'approcher pour implorer justice... non pour elle, ah! certes! mais pour sa fille, pour sa Loïse!...

Haletante, la tête en feu, elle fit un pas en avant.

Charles IX avait enlacé Marie Touchet dans ses bras. Il reprit à demi-voix: