—Il n'y a pas de sire, ici! Il n'y a pas de majesté, tu entends. Marie? Il n'y a que Charles! Ton bon Charles, comme tu m'appelles... Car il n'y a que toi, Marie, pour dire que je suis bon et cela me soulage, vois-tu, cela jette une lumière dans l'horreur de mes pensées... Le roi! Je suis le roi!... Marie, je suis un pauvre enfant que sa mère déteste, que ses frères haïssent! Au Louvre, je n'ose pas manger, j'ai peur du verre d'eau qu'on m'apporte, j'ai peur de l'air que je respire... Ici, je mange, je dors, je bois sans crainte, ici! ah! je respire à pleins poumons!

—Charles! Charles! calme-toi...

Mais Charles IX s'exaltait. Ses yeux flamboyaient. Sa parole était devenue rauque et sifflante.

—Je te dis qu'ils veulent ma mort! grinça-t-il tout à coup sans prendre la précaution de baisser la voix. Ah! Marie, Marie! Sauve-moi, cache-moi!... J'ai lu dans leurs pensées, te dis-je! J'ai fouillé leurs consciences, et j'y ai vu ma condamnation écrite en lettres de flamme!

—Charles! par grâce, calme-toi!... Oh! voilà encore ton accès!... Charles! reviens à toi! Tu es près de moi...

Mais le roi s'abattit dans un fauteuil, les yeux convulsés, en proie à une crise violente.

Jeanne s'était élancée pour aider Marie.

—Oh! madame, balbutia celle-ci, par pitié pour mon pauvre Charles si malheureux, jamais un mot de ceci!

—Rassurez-vous! dit Jeanne avec dignité, je sais trop ce qu'est la douleur humaine, et c'est la douleur qui m'a appris le silence....

Marie fit un signe de tête pour remercier.