—Joli coup de cravache, dit la reine avec sa terrible tranquillité. Vous en serez marqué toute la vie.
Maurevert grinça des dents. Mais, se remettant presque aussitôt, il s'inclina:
—La reine me donne-t-elle congé?
—Allez, monsieur. Et songez que, si je suis bien servie, vous pourrez demander ce que vous voudrez sans craindre de trop demander.
Maurevert s'éloigna.
«Bon! songea la reine. Coligny. Les Pardaillan. Voyons maintenant où en est notre bonne Jeanne d'Albret.»
Elle s'assit dans un vaste fauteuil.
Peu à peu les traits convulsés de Catherine se détendirent. Une expression de mélancolie rêveuse remplaça l'expression de haine. Elle saisit un petit miroir pour s'examiner, et, quand elle se vit ce qu'elle voulait qu'elle fût, elle s'arrangea dans son fauteuil, prit une pose affaissée, ramena sur ses épaules le voile noir qui couvrait sa tête et s'en fit ainsi une sorte de cadre qui seyait merveilleusement à cette attitude et à cette mélancolie.
Alors seulement elle appela la suivante et lui fit un signe. Paola pénétra dans une pièce voisine, et, de même qu'elle avait introduit Maurevert, elle introduisit cette fois un nouveau personnage, et s'éclipsa sans bruit.
Quant à Maurevert il avait regagné les immenses salles où évoluaient dix mille invités. Sans que la fête battît encore son plein, il commençait déjà à régner dans cette foule ce laisser-aller qui dénote que la froideur première est passée.