«Et pourtant, il est son fils!... Le sait-elle? Dois-je le lui dire à lui?... Dois-je le lui dire à elle?... Ah! heureusement que je me suis retenue à temps, tout à l'heure, lorsque le mot a failli m'échapper... Je n'ai pas écouté, j'ai eu tort. Qu'ont-ils pu se dire?... Voyons, je ne me trompe pas, ma mémoire est fidèle... Là-bas, à Saint-Germain, lorsque la reine de Navarre m'a chassée, elle a bien eu une entrevue avec Déodat... j'ai bien entendu... ses paroles sont encore dans mes oreilles... il a dit: «Pourquoi ne suis-je pas mort le jour où j'ai appris que ma mère était l'implacable Médicis!» Dois-je lui dire que je sais cela?... Et Catherine, sait-elle que Déodat est son fils?... Si je lui dis... Ah! qui sait s'il ne se ferait pas un revirement de coeur!...»
Elle songea longuement, tournant et retournant le problème sous toutes ses faces.
«Je ne dirai rien!... telle fut sa conclusion... Si je révèle à Catherine que le comte est son fils, elle le ferait peut-être tuer!»
VII
PREMIER COUP DE FOUDRE
Nous suivrons maintenant le comte de Marillac qui, après avoir quitté Catherine de Médicis, était rentre dans les salons où se déployait la fête des fiançailles.
Ainsi, toute la douleur accumulée dans son âme se fondait sous les paroles de Catherine; il retrouvait une mère douloureuse dans cette reine, qui avait été, à ses yeux, l'implacable ennemie.
Et il cherchait tout simplement Jeanne d'Albret pour lui dire, à elle la première, combien il avait été heureux—sans dire le motif de ce bonheur imprévu, puisqu'il avait juré de se taire. Ensuite, s'il n'était pas trop tard, il irait chez Alice.
A ce moment, une bande joyeuse l'entoura, l'enveloppa d'une sorte de farandole. Dans la bande, le plus joyeux était le duc d'Anjou.
—Messire, vous ne vous amusez donc pas! criait le duc d'Anjou.