—Hélas! sire... je ne le sais que trop; mais, grâce à la haute générosité du roi de France, j'espère qu'avant peu nous pourrons arrêter l'affreux massacre...

—Faites vite, monsieur l'amiral, car il se pourrait que d'autres pays, fussent tentés d'imiter ces tueries.

Charles IX marchait vers un trône qu'on lui avait élevé dans le salon central. En route, il rencontra le poète Ronsard, et son visage parut s'éclairer. Il l'emmena aussi. Puis, s'asseyant sur son trône pour voir la fête, il obligea Coligny à s'asseoir à droite, honneur extraordinaire qui arracha aux huguenots des trépignements d'enthousiasme.

En même temps, sur un signe du roi, Ronsard prenait place à sa gauche; le poète, rouge de plaisir, se confondait en salutations.

—Ronsard, dit gaiement Charles IX. pendant que nos gens s'amusent et que mon bon père l'amiral songe à la guerre, faisons des vers, veux-tu?

Ronsard, comme on sait, était parfaitement sourd.

Il répondit donc le plus naturellement du monde en faisant allusion à la place qu'il occupait près du roi:

—Sans aucun doute, sire, et c'est là un honneur dont je me souviendrai toute la vie.

—Ecoute, reprit le roi, veux-tu que je te dise le dernier sixain que j'ai fait? Tu le corrigeras:

Toucher, aimer, c'est ma devise...