—Mais enfin, monsieur, s'écria-t-il, quelle rage avez-vous de me vouloir ainsi découper vif?
—Que veux-tu? C'est ma manière, à moi. Il paraît que c'est aussi celle de ton oncle. Mais, pour en revenir à ta langue, sois assuré que, si jamais j'apprends que tu as raconté à qui que ce soit ce qui se passe ici, eh bien, je te la couperai!
Cette menace donna la chair de poule à Gillot, qui se demanda aussitôt s'il ne ferait pas mieux de s'en aller. Mais il réfléchit que la colère de l'oncle serait terrible. D'autre part, la récompense promise n'avait pas été sans lui inspirer quelque courage.
—Pendant qu'on me découpe, songeait-il, un peu plus, un peu moins... J'en serai quitte pour ne plus parler.
Seulement, Où s'arrêtera ce découpage? Car, enfin, si, après les oreilles, on me coupe la langue, il faudra bien un jour que mon nez y passe, et puis peut-être la tête...»
—Que penses-tu? demanda Pardaillan.
—Je pense, monsieur, à ce que je pourrais bien dire pour vous persuader de ma bonne foi. Pendant que j'ai encore une langue, je voudrais m'en servir pour vous jurer obéissance et fidélité...
—Voyons donc. Quel genre de services peux-tu nous rendre?
—Eh bien, monsieur, je n'ai pas été sans m'apercevoir qu'il existe quelque inimitié entre vous et monseigneur de Damville. Je crois que, si vous pouviez occire ce digne seigneur, vous n'hésiteriez guère. Et je puis vous affirmer que, si vous tombiez aux mains de mon ancien maître, au bout de cinq minutes, vous vous balanceriez dans le vide, une bonne corde au cou.
—Continue, Gillot. Sais-tu que tu parles bien?