Il y eut quelques minutes de long silence, pendant lesquelles Catherine se garda de faire le moindre geste.

Ce fut le moine qui revint le premier. Il fixa sur la reine un regard interrogateur.

—Vous voulez savoir ce que je suis venue faire ici? demanda Catherine.

—J'ai le devoir d'écouter Votre Majesté, mais non le droit de l'interroger.

—Eh bien, je vais donc faire comme si vous m'aviez interrogée et vais répondre à la question que je lis dans vos yeux. Rassurez-vous, je ne viens pas vous demander d'être mon confesseur...

Le moine avait repris son attitude de statue. Rien ne paraissait frémir ou vivre en lui.

—C'est un cas de conscience que je veux vous exposer. Je pense que vous êtes, comme moi, intéressé à sa solution. Dites-moi, marquis, ne pensez-vous pas que vous êtes assez vengé, et qu'Alice a assez souffert?

Cette fois, les paupières baissées du moine se relevèrent lentement et son regard se fixa sur la reine, avec épouvante.

—Vous me parliez d'une lettre, reprit-elle, de cette lettre qu'elle a écrite sous votre dictée et que vous m'avez remise; je vais vous dire, marquis. Cette lettre, je veux la rendre à la malheureuse. Moi, je trouve que c'est assez. Et vous?

—Je suis de l'avis de Votre Majesté, dit Panigarola d'une voix morne.