—Je l'aime! continua-t-il. Et j'éprouve une joie affreuse à dire tout haut ce que je me répète tout bas dans le silence de mes nuits sans sommeil. Oui, ma pensée a sombré dans un océan de désespoir et, lorsque, éperdu, je lève les yeux au ciel, je n'y découvre pas l'étoile qui pourrait me ramener à l'apaisement. Dieu, espoir suprême! je t'ai cherché: tu n'es que néant... En moi, madame, il ne reste plus rien; je suis une ombre, moins qu'une ombre... Et pourtant, lorsque j'entre dans les obscures profondeurs de ma conscience, parfois, dans la nuit de mon deuil, je vois luire l'aube incertaine d'un sentiment nouveau...
—Quel est donc ce sentiment? demanda Catherine étonnée.
—La pitié, répondit le moine. Ah! madame, je sais que je vous parle en ce moment une langue ignorée de vous, inconnue des hommes de ce temps... Et pourtant il m'arrive de me dire que la pitié sauvera le monde.
—Folie! murmura Catherine. Rêves insensés d'un esprit aux abois! Allons, je n'ai rien à faire ici.
Le moine entendit ou n'entendit pas. Mais il continua:
—Voilà ce que parfois je songe, Majesté... Alors je sens mes douleurs s'apaiser. Alors je renonce à rôder autour de la femme que j'aime. Alors je m'enferme dans cette cellule, et c'est de la pitié qui s'élève de mon coeur vers cette malheureuse qui me fit souffrir, mais qui souffre plus que moi peut-être...
—Vous êtes de bonne composition, marquis..., dit Catherine en se levant.
Panigarola s'inclina lentement comme s'il n'eût eu; plus rien à dire.
La reine fit deux pas vers la porte.
Tout à coup une idée soudaine la fit s'arrêter court.