—Qu'êtes-vous venue faire ici? éclata le moine. Vous êtes la reine! Je dis la reine la plus puissante de la chrétienté! Les instructions que j'ai reçues de Rome vous indiquent comme la maîtresse absolue des destinées catholiques! Reine, je vous ai parlé sans respect; chef des catholiques, je vous ai crié que je n'ai ni foi ni croyance! Et vous ne me faites pas saisir pour me jeter en quelque cachot, pour offrir ma mort en exemple aux hérétiques! Pourquoi m'écoutez-vous avec tant de mansuétude?... Madame, vous avez besoin de moi pour assouvir une vengeance que j'ignore, pour servir de ténébreux projets! Eh bien, soit. Je me donne à vous!

—Enfin, je vous retrouve! dit gravement Catherine. Tout ce que vous avez dit, je l'oublie. Je suis venue vous trouver parce que j'ai besoin de vous. Et je comptais sur votre aide parce que je connaissais votre haine pour Marillac.

—Parlez donc! Parlez, madame! Délivrez-moi de cette jalousie, et prenez mon âme!

—Je la prends! dit Catherine avec un calme étrange.

Panigarola avait enfoncé ses mains sous sa robe et ensanglantait ses ongles sur sa poitrine.

Pitié, amour, douleur, tout disparaissait de lui.

Il était seulement l'homme qui hait.

Catherine, sûre désormais d'avoir conquis le moine, reprit avec une simplicité d'accent qui eût pu paraître plus terrible que les cris d'angoisse du moine:

—En somme, que voulez-vous? Qu'Alice ne soit pas la femme du seul homme qu'elle ait jamais aimé? Vous voulez tuer cet homme? Et vous voulez aussi qu'Alice ne sache pas que le meurtrier c'est vous? Car vous aimez, car vous espérez encore! Eh bien, tout cela est facile si vous me donnez en échange l'aide que je suis venue vous demander.

—Je suis prêt, dit Panigarola dans un souffle.