—Écoutez. Par votre éloquence emportée et sauvage, vous êtes devenu l'homme qui peut bouleverser Paris. Pourquoi, tout à coup, avez-vous gardé le silence? C'est votre affaire. Mais, maintenant, je vous dis: remontez dans la chaire, parcourez les églises de Paris, parlez, parlez encore comme vous parliez...

—Que m'importent les prédications, maintenant!

—Insensé! Oubliez-vous que Marillac est huguenot?

Panigarola poussa un effroyable soupir.

—La paix est faite, reprit Catherine avec un livide sourire. Et j'espère qu'elle sera maintenue. Mais il y a parmi ces huguenots une centaine de mauvaises têtes que jamais je ne pourrai réduire à la raison. Il s'agit de les faire disparaître. M'entendez-vous? Un procès est impossible. Le procès de cent huguenots serait le signal de nouvelles guerres. Mais, si le peuple, dans un jour de colère, tue ces hommes, s'ils disparaissent dans une tourmente, et que le roi désavoue ces meurtres, que je les désavoue aussi, la paix est à jamais consolidée. Or, que faut-il pour cela? Surexciter les passions, mettons les superstitions du peuple, ouvrir la cage de ce fauve, lui montrer ses victimes!... Pour cela, il faut votre terrible éloquence!...

Le moine ne répondit pas tout de suite.

Une fièvre l'exaltait. Avec sa brûlante imagination, il se voyait décrétant la mort des huguenots.

Et c'était un rêve étrange, d'une tragique ampleur, que de décréter la mort, de traverser la ville comme un météore dévastateur, de faire naître sous ses pas les incendies, de marcher dans des fleuves de sang, et d'arriver enfin à Alice en lui disant:

—Voyez! Paris brûle! Paris meurt! Pour tuer Marillac, j'ai égorgé Paris!...»

Panigarola presque délirant, l'oeil en feu, le visage bouleversé, effroyable à voir, saisit la main de Catherine.