Le lendemain soir, le révérend Panigarola prêcha dans Saint-Germain-l'Auxerrois.

L'archevêque de Paris assista à ce sermon. Les évêques Vigor et Sorbin de Sainte-Foi, prédicateur ordinaire du roi, le chanoine Villemur à la tête du chapitre de son église, les curés, doyens et vicaires de toutes les paroisses près de trois mille prêtres emplissaient la vaste nef. Les portes étaient fermées Une vingtaine de laïques furent seuls admis. En outre, un certain nombre de capitaines des milices bourgeoises, des centainiers, et même quelques simples dizainiers se massèrent à l'intérieur, près des portes, et purent entendre le sermon.

Le discours du révérend fut entendu dans le plus grand silence.

Seulement, quand ce fut fini, un frémissement terrible parcourut cette assemblée, surtout parmi les curés.

Puis, tout ce monde s'écoula.

Alors une femme, qui, cachée dans une des loges, avait tout vu, tout entendu, se leva à son tour et sortit. A la porte, elle retrouva quelques gentilshommes qui escortèrent sa litière jusqu'à l'hôtel de la reine.

En effet, c'était Catherine.

Et Catherine, au moment où le sermon se finissait, s'était penchée; son regard, chargé d'une haine avide, s'était appesanti sur le duc de Guise, et elle avait murmuré:

«Messieurs de Lorraine, exterminez-moi les huguenots!... Ce sera bien étonnant si, dans la bagarre, quelques bonnes arquebuses huguenotes ou autres ne me débarrassent de vous en même temps! Quant au roi, ajouta-t-elle avec un sourire, il n'est pas besoin de le tuer: il meurt. O mon Henri, tu régneras!»

Dès le lendemain de cette mémorable soirée, de furieuses prédications éclatèrent à la fois dans toutes les églises de Paris. Et, à la suite de chacun de ces prêches, le peuple se répandait dans les rues avec des menaces et des imprécations contre les réformés.