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OÙ TOUT LE MONDE SE TROUVE HEUREUX
Le moment est venu où, semblable au voyageur qui monte une côte fort rude et très hérissée d'aspérités, nous devons prier le lecteur de souffler un instant avec nous et d'examiner de haut l'ensemble de la position.
Catherine de Médicis est la véritable protagoniste d'un gigantesque drame. La reine, par une lente manoeuvre, se trouve à la veille d'un double événement qui doit, d'après elle, se présenter dans le même instant. En effet, l'extermination des huguenots ne doit-elle pas être, du même coup, la mort de son fils Déodat?
Catherine redoutait les huguenots qui étaient capables de soutenir les prétentions qu'elle supposait à Henri de Béarn.
Elle redoutait les Guise, qu'elle supposait aussi férus d'un amour sans borne pour la puissance royale.
Elle redoutait le comte de Marillac, enfant d'une faute qui, si elle était découverte, ferait d'elle la risée de la cour.
Faire massacrer les huguenots par les Guise, et les Guise par les huguenots, assurer la disparition du comte son fils, telle dut être sa pensée conductrice.
Le résultat de la victoire était de placer le duc d'Anjou sur le trône, dès la mort escomptée de Charles IX, et de gouverner en souveraine maîtresse sous le nom de son fils préféré.
Toute cette laborieuse combinaison était sur le point d'aboutir: par Alice et Panigarola, elle tenait Marillac; Charles IX, épouvanté et tremblant, persuadé que les huguenots conspiraient sa mort, devenait un instrument docile; les Guise étaient prêts à se ruer dans Paris, le fer et la torche à la main.