C'est ainsi que, dans les minutes tragiques qui précèdent la tempête, les arbres de la forêt demeurent immobiles; pas un souffle ne traverse l'espace. Le ciel pur n'offre rien de menaçant, et les buées grises dont il se couvre paraissent devoir se dissiper bientôt.
Tout à coup ce ciel devient noir; une rafale énorme balaie les airs, la tempête bat les horizons...
XI
ENTREVUE DE DAMVILLE ET DE PARDAILLAN
Nous transporterons maintenant nos lecteurs à l'hôtel de Montmorency, par une chaude soirée des premiers jours d'août. Dans la chambre qu'il occupait à l'hôtel, le vieux Pardaillan achevait de s'habiller en guerre, en sifflotant une fanfare de chasse.
C'est-à-dire qu'il endossait la casaque de cuir et ceignait sa longue rapière, non sans s'être assuré que la pointe n'en était pas émoussée. En outre, il se munissait d'une courte dague, présent de Montmorency, portant la marque des fabriques de Milan.
«Par Pilate! grogna-t-il, j'étouffe dans cette cuirasse; mais j'espère que sous peu je pourrai m'en débarrasser.»
Il était à ce moment neuf heures du soir et le lourd crépuscule d'été commençait à voiler Paris.
Lorsqu'il fut prêt, le vieux routier se jeta dans un fauteuil les jambes croisées, la rapière en travers des genoux, et se mit à réfléchir.
«Dois-je prévenir le chevalier? Non, par la Mort-Dieu. Il voudrait me suivre, car il n'en fait qu'à sa tête. Or, je veux être seul à traiter cette petite affaire. En effet, de deux choses l'une: ou mon ancien maître se trouvera seul, comme me l'a affirmé cet animal de Gillot, et, alors, je n'ai pas besoin d'aide. Ou je tombe dans un traquenard, et il est inutile que le chevalier soit tué en même temps que moi... Oui, mais si je suis tué!... Hum! Je voudrais bien voir mon fils avant...»